Polyptyques

En Occident, le polyptyque, ou "tableau multiple", apparaît au Moyen Âge et se perpétue aujourd’hui encore au 21ème siècle sous diverses formes. Ce mode d’expression est présent dans ma démarche depuis mes débuts et mon premier polyptyque fut exposé à Rome en 1979. Ces œuvres s’appuient sur mes recherches formelles et techniques, elles se déploient dans le temps et l'espace en rassemblant mes récits personnels dans leur confrontation avec de grands mythes historiques. Désormais, je concentre une partie importante de mes activités à la réalisation d'une dizaine de grands polyptyques qui ont donc fait l’objet d’études et de variations tout au long de mon parcours.

Mes premières esquisses furent presque toujours abordées par un dessin très fin à la mine de plomb tout en s'emparant de recherches picturales menées simultanément dans ce qui sera appelé un peu plus tard "mon échantillonnage de base", toujours établi sur des formats carrés, plus ou moins grands (voir bas de page). Puis, à partir de ces ébauches préliminaires, des tableaux ont été réalisés à des échelles réduites, parfois à l'échelle 1/2 ou partiellement à l'échelle 1, afin d'expérimenter simultanément les compositions d'ensemble et le transfert des figures dans la matière d'un plan pictural déterminé au préalable.

Dessin préparatoire, 1ère esquisse du polyptyque n°9, Adan et Ève, Champ-contrechamp, 1982, aquarelle et mine de plomb sur papier, 1986, collection particulière.

 

Échantillonnage de base

Depuis 1982, je travaille essentiellement sur des toiles de 180 x 180 cm.
L’ensemble, qui en compte aujourd’hui une cinquantaine, fonctionne comme un échantillonnage de base. La particularité des idées et des éléments formels qui les traduisent se dégage peu à peu :

 

La confrontation de ces éléments,

La multiplication de certains d’entre eux,

Leur participation à un tout qui puisse, dans un temps donné, respecter ce qui les distingue tout en les rendant indissociables,

Leur passage d’un matériau à un autre,

Leur glissement d’une surface vers un espace tridimensionnel et, d’un point de vue plus général, la dérive de la peinture vers l’architecture,


Sont autant de possibilités d’aborder le monumental et de poursuivre mon travail en sachant, comme le souligne Marcelin Pleynet dans un chapitre* relatant « du Bauhaus et de son enseignement » combien il peut être important de « mettre en lumière la spécificité de chaque pratique architecturale dans un rapport différentiel avec d’autres pratiques ». Naturellement, toute intervention nécessite un lieu, soit qu’elle s’y adapte, soit qu’elle en découle, soit que la construction d’un édifice nouveau et durable puisse même en devenir la finalité. Et quel qu’il soit, la configuration de ce lieu, son esprit, sa fonction, son empreinte culturelle induiront chaque projet dans une entreprise originale.

 

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Philippe Guérin, Janvier 1986
Extrait du catalogue ULB-1989, Bruxelles, Belgique